Le 23 février 1762 Johann Gottfried Gehlauff, mousquetaire, et Johanna Eva Elisabeth Fleischerin, fille de cordonnier, se sont mariés à Gerstungen.
C'est le résultat princincipal de la recherche que nous avons fait dans et autour de Gerstungen de 9 à 14 juin 2011. Points culminants: les visites aux Landeskirchenarchiv et l'église où le mariage a eu lieu, puis la trouvaille de documents prouvant l'existance du mousquetaire.
Préparation
Le voyage à Gerstungen en persepectif, je prends contacte avec la mairie afin d'obtenir des informations sur notre ancêtre. On m'explique que la commune ne dispose que des registres d'après 1876. Les registres d'avant cette date sont ecclésiastiques et peuvent être consultés dans le Landeskirchenarchiv à Eisenach.
Mon interlocuteur au Landeskirchenarchiv m'informe de la possibilité de faire effectuer des recherches par leur généalogiste. Dans l'appréhension d'une écriture illisible en ancien allemand, j'ai saisi cette opportunité.
Il propose également, étant donnée la date de ma visite, d'ouvrir l'archive le vendredi uniquement pour ma petite personne, un privilège.
Jeudi le 9 juin 2011 : Gerstungen et Untersuhl
Parti de Grenoble le matin à 5 heures, nous arrivons autour de 17 heures à l'Hôtel de Ville de Gerstungen. La mairie est fermée, nous prendrons quelques photos, puis on part à la recherche de la vieille ville.
Je crois avoir trouvé le centre ville et pendant quinze minutes je me ravis devant une très jolie église, mais les habitants nous informent que nous nous trouvions dans Untersuhl, une sous commune de Gerstungen.
Un habitant propose de nous emmener à l'église Gerstungen, en me disant que le pasteur voudra certainement m'aider dans ma recherche.
L'église du 15ème est belle, mais le pasteur n'est pas dans sa résidence du 17ème. Je laisse une note avec une brève explication de la raison de ma visite et la demande de m'appeler.
Vendredi le 10 juin 2011 : Eisenach et Gerstungen
Au Landeskirchenarchiv à Eisenach tous les registres paroissiaux sont conservés sur microfilms.
Le généalogiste est un pasteur, dont la mission est de travailler cinq ans dans les archives avant de prendre la retraite.
Il me raconte ce qu'il a trouvé et me montre les pages concernées.
Traubuch Gerstungen (Copulierte) 1742-1762
Anno 1762
Johann Gottfried Gehlauff, Mousquetier unter dem Prinz Gothaischen Infanterie Regiment und des Herrn Capitain Hübners Compagnie, und Jungfrau Johanna Eva Elisabeth Fleischer(in) Meister Jo. Wilh(?) Fleischers, Schuhmachers allhier ehelich ander (=zweite) Tochter, sind nach pro...(?)(vorgelegten?) Trauscheine des Herrn Ober von Pfortl, Obrist-Lieuten. und Commandants obgedachten Regiments, in der Kirche vor dem heiligen Altar Den 23. Febr. Copuliert worden.
Johann Gottfried Gehlauff, mousquetaire dans le Regiment d'Infanterie du Prince de Gotha et de la Compagnie de Monsieur le Capitaine Hübner, et Mademoiselle Johanna Eva Elisabeth Fleischerin, seconde fille du maître cordonnier Jo. Wilh(?) Fleischer, selon l'acte de mariage de Monsieur Ober von Pfortl, lieutenant-colonel et commandant du prénommé régiment, ont été copulés le 23 Février 23 dans l'église devant le saint autel.
Des informations sur la naissance de Johann Gottfried et / ou sur sa mort restent introuvables, on peut supposer qu'il n'a séjourné à Gerstungen que pendant un temps limité. Il n'y a pas non plus d'informations sur les enfants. Cependant, plus tard j'obtiendrai l'extrait du registre de baptêmes d'Andreas, prouvant de façon incontestable que celui-ci était bien le fils de Johann Gottfried.
Le généalogiste me donne l'adresse de l'Archive d'Etat de Weimar : il est fort possible que les archives de l'armée peuvent fournir plus de détails. Il va donc à nouveau falloir écrire et faire preuve de patience.
La personne de Mademoiselle Fleischerin soulève une certaine confusion.
Dans le registre des mariages son nom est Johanna Eva Elisabeth.
Dans le registre des baptêmes on trouve ce qui suit :
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Taufbuch Gerstungen 1685-1742 Den 4. April ist Justinus Fleischern eine Tochter geboren und den 6. getauft worden. |
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Namensregister zum Taufbuch Gerstungen 1685-1742 Traditionnellement la fille aurait dû être nommée après sa marraine Maria Elisabetha. Dans l'index de noms du registre des baptêmes elle est en effet énumérée comme Maria Elisabetha. À cette entrée à été rajouté ∞ Gehlauff. Le registre de mariage faisant mention de Johanna Eva Elisabeth, son fils, dans l'acte notarié du 04-11-1823 parlera de Anna Elisabeth. A-t-elle changé de nom à plusieurs reprises ou s'agît-il d'erreurs administratives? Elle ne peut plus nous le dire. |
L'après-midi visite à Gerstungen, la première visite du matin à été courte et peu productive. Chez le pasteur nous allons pouvoir consulter les vrais registres au lieu des microfilms, m'a assuré le généalogiste du Landeskirchenarchiv.
Le pasteur, cette fois-ci, est bien chez lui. Il avait même essayé de m'appeler, mais ça n'a pas marché. Il est en train de préparer son sermon de Pentecôte, mais il nous recoit chaleureusement, avec son épouse qui est aussi pasteur. Nous pouvons consulter et photographier les registres et nous pouvons rentrer dans l'église pour y prendre aussi des photos. Depuis 1762 seul l'autel a été modernisé, nous explique le pasteur. Par les émotions et par la fatigue la prise de photos dans l'église a lamentablement échoué, mais plus tard j'aurai amplement de chance de me rattraper.
Nous visitons aussi le Musée Werratal dans le Château Gerstungen à côté de l'église.
Château Gerstungen est l'ancienne résidence du représentant du roi de Saxe, où depuis 400 ans les cigognes se battent tous les ans pour le nid au sommet de la façade.
Week-end de Pentecôte : Erfurt et Weimar
Visites guidées avec notre hôte et hôtesse. Les photos parlent d'elles-mêmes.
Lundi le 13 juin : Eisenach
La dernière nuit en Thuringe nous sommes logés dans un hôtel à Eisenach, la ville de Bach et de Luther.
Mardi le 14 juin : Gerstungen
Avant de repartir nous visitons Gerstungen pour une dernière fois pour dire bonjour au pasteur et lui demander si je peux prendre encore quelques photos dans l'église. Le pasteur doit partir, mais il me laisse les clés: je peux utiliser le flash, et même monter sur la tour pour des prises de vue. Je laisserai les clés dans la boîte aux lettres.
Après la séance photo à l'église nous allons à la marie. La dame de la Standesamt (Etat Civile) est très sympathique, mais elle peut nous dire peu. Cela, je le savais dèjà, car elle ne dispose pas des registres concernés. Mais tout comme le pasteur elle nous promet de se renseigner auprès des Fleischer de Gerstungen.
Et elle est heureuse de rencontrer sa collègue française Josiane et elle nous propose une visite guidée pour expliquer son travail. Une belle rencontre.
Conclusion
Finalement, notre recherche n'aura procuré que quelques certitudes scienctifiques: le mariage de Johann Gottfried avec Mlle Fleischerin, la naissance de cette dernière, le métier de mousquetaire de Johann, son régiment et son commandant.
J'espérais pouvoir trouver des liens entre notre ancêtre, immigrant et charcutier Andreas, et les autres Gelauff qui en son temps ont été signalés aux Pays-Bas. Cela a échoué, mais la recherche n'est pas finie: les archives militaires de Weimar est la piste suivante.
Post-scriptum du 15 août 2017 : à l'heure actuelle nous en savons beaucoup plus
Entre-temps il a été prouvé sans équivoque que le charcutier Andreas était bien le fils du mousquetaire Johann Gottfried Gehlauff. En fait, nous savons également que Johan Georg Gelauff (1763) était son frère. Ceci réunit deux familles qui étaient censées n'avoir "rien à faire" les unes avec les autres. Les documents qui montrent tout cela peuvent être trouvés sur la première page de la généalogie.
Post-scriptum du 15 maart 2019 : Johanna Eva Elisabeth Fleischerin avait trois enfants
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Il s'avére que Johanna Eva Elisabeth Fleischerin ait donné naissance à un troisième enfant, en plus du charcutier Andreas et de son frère Johan Georg. Cependant, il reste à savoir s'il s'agit d'un fils ou d'une fille et si le mousquetaire Johann Gottfried Gehlauff était le père. |
Post-scriptum du 18 mars 2019 : Le troisème enfant d'Elisabeth Fleischerin identifié
Elisabeth Fleischer est décédée comme veuve de Tobias Mulder.
Le 16-05-1783 de ce mariage une fille naquit à Eisenach (Saxe, à 28 km de Gerstungen): Anna Christina Mulder.
Celle-ci était mariée avec Johan Adam Knuppel, † 30-11-1800 Amsterdam.
Le 24-09-1817 s'est remariée à Amsterdam avec le pâtissier Herman Eilard Beijmor, ~ 10-05-1786 Essen (Oldenburg).
Sur l'acte de mariage est mentionnée le nom Elisabeth Vleijsring pour la mère de la mariée.
C'est la version néerlandophone de Fleischerin, la forme féminine de Fleischer.
À l'époque, il était d'usage en Allemagne que les noms de famille des femmes soient exprimés au féminin.Dossier de mariage Anna Christina Mulder7.43 MB.
Post-scriptum du 24 mars 2019 : Johann Gottfried était vraisemblablement néerlandais
Dans les archives militaires d'Eisenach, le régiment d'infanterie Prince Gotha est qualifié de "Régiment de Hollande"
Dans ce cas, Johann Gottfried - tout comme Johan Philip - devait avoir être néerlandais.
Gerstungen : Sperrzone et communisme
Dans les jours du communisme et du rideau de fer Gerstungen était situé directement à l'est de la frontière ouest-est. La ville se trouvait dans la dite SPERRZONE, à ne pas confondre avec le Sperrgebiet. Le Sperrgebiet était un tronçon inaccessible de 500 mètres, le SPERRZONE était un tronçon de 5 km, où uniquement les résidents avaient accès. Les résidents de la SPERRZONE ne pouvaient donc guère recevoir de la famille ou des amis de l'extérieur.
Les seules exceptions à la règle étaient des décès ou être fiancé à un résident. Le pasteur rigolait quand il nous racontait de ces nombreuses fiançailles lors de cette prériode. La fonctionnaire de l'état civil, alors résidante à l'extérieur de la SPERRZONE et fiancée à un résident de Gerstungen: « Eh bien, après un certain temps on s'habitue.
Les habitants eux-mêmes devaient demander un laisser-passer pour pouvoir se déplacer hors de la zone.
À première vue les habitants de Gerstungen ne semblent pas très heureux, on dirait que le communisme ait laissé une dépression collective. Cependant, une fois la conversation entamée, ils sont plutôt gentils, patients et surtout très serviables. Leur solidarité, serait-elle un autre héritage du communisme?